L’art de motiver par la théorie de l’autodétermination

Isabelle Lessard
Décembre 10, 2025 ·

Être auto-déterminé·e, c’est passer à l’action sans entente. C’est être naturellement motivé·e à réaliser quelque chose. Et cultiver cet élan s’apprend. Incursion dans la théorie de l’autodétermination en prenant l’exemple de ma fille. 


Ma fille débute la première année. Une étape importante dans sa vie de grande. Comme à tous les débuts d’années, nous avons eu la première rencontre avec l’enseignante.

Je suis toujours curieuse (voire anxieuse) de découvrir le style d’enseignement de la prof. J’espère toujours qu’elle sera empathique et sécurisante pour ma fille. Eh bien, dans cette rencontre de 45 min, elle nous a parlé de motivation intrinsèque et extrinsèque. Ça m’a touchée et rassurée de savoir qu’elle intégrait ce concept dans ses méthodes d’enseignement. 

Mais je dois vous avouer que ma part « maitresse d’école » a eu envie de lui écrire pour lui demander si elle connaissant aussi les motivations autonome vs contrôlée.  

Quelle est donc diable la différence entre ces quatre concepts et pourquoi les nuances sont importantes ?

La théorie de l’autodétermination

La motivation contrôlée

Pour vous expliquer cela, le plus simple est de vous présenter la théorie de l’autodétermination (TAD) des chercheurs Ryan & Deci (voir les références tout en bas). C’est une théorie très étudiée et validée scientifiquement mais étrangement peu connue dans les milieux de mobilisation. J’en ai justement fait un survol illustré dans ma première bande-dessinée d’une série de cinq. Vous l’avez manqué ? Je vous invite à la parcourir et à revenir ensuite ici pour approfondir le tout.

La motivation intrinsèque est le niveau de motivation le plus élevé selon la TAD. Elle signifie qu’on a naturellement envie de faire quelque chose car ça nous apporte du plaisir. Quand ma fille joue ou explore, elle est intrinsèquement motivée car son petit corps sécrète de la dopamine. Quand je danse ou que je joue à Loup Garou, ça me fait le même effet… 

La motivation extrinsèque vient donc de facteurs autres que le plaisir pur et est moins forte que l’intrinsèque. Mais des nuances importantes s’ajoutent ici. 

Il y a une forme de motivation qui repose sur des récompenses ou des punitions, souvent monétaires. C’est la plus basse des motivations de la TAD et on l’appelle motivation extrinsèque externe. Si on enlève la carotte ou le bâton, on perd l’élan. Pensez à la limite de vitesse : on est nombreux à rouler à 118 km/h sur l’autoroute… juste pour ne pas avoir de contraventions.

Là où ça se complexifie, c’est pour la forme de motivation suivante, la motivation extrinsèque introjectée. Elle ne carbure pas à des pressions externes comme celle ci-haut, mais plutôt à notre propre pression interne. Elle va nous faire bouger si elle booste notre sens de notre valeur, notre estime de soi ou notre appartenance à un groupe (récompense interne). En effet, l’humain est une bibitte sédentaire qui a survécu grâce à son appartenance à un groupe. Ça lui assurait protection et nourriture notamment. Il a donc un grand besoin d’acceptation dans son ADN. Tout ce qui compromet cette désirabilité sociale motivera la personne à faire un geste même si celui-ci est incohérent avec d’autres de ses valeurs. 

Par exemple, c’est cette motivation qui m’incite à aller dans une événement social avec des amis, même si l’événement en question me parle peu. Je le fais pour entretenir le lien avec mes amis principalement. Mais ça m’arrive souvent de me désister dernière minute dans ces situations parce cette motivation reste fragile.

C’est aussi la motivation extrinsèque introjectée qui est à l’œuvre lorsqu’on agit pour éviter de ressentir de la honte ou de la culpabilité (punition interne), ou pour éteindre cette même honte ou culpabilité. 

Par exemple, c’est la motivation extrinsèque introjectée qui me pousse à donner presque quotidiennement du dessert à ma fille qui négocie ce point à tous les soirs. Car, même si je valorise une alimentation saine, elle réussit à éveiller ma part « Je veux être une maman compréhensive car c’est juste une enfant » qui finit presque toujours par se sentir coupable de ne pas lui accorder ce petit plaisir. Résultat ? Je finis par céder à sa rhétorique dramatique à 70% du temps. Vous voyez le genre ? 

À retenir : Les motivations extrinsèques externes et introjectées forment la motivation contrôlée, les motivations les plus faibles de toutes.

La motivation autonome

La dernière catégorie de motivation extrinsèque identifiée, la plus forte avant la motivation intrinsèque de la théorie de l’autodétermination, repose sur le sens et l’alignement de l’action avec nos valeurs. 

Par exemple, je n’ai pas toujours envie de faire la vaisselle ou autres corvées ménagères. Mais quand je me connecte à l’idée de l’ordre et de la beauté d’une maison rangée, ma motivation monte d’un cran. En me connectant aux besoins psychologiques satisfaits derrière l’action, je maximise mes chances de me mettre en mouvement. 

C’est encore plus facile de bouger si je valorise l’ordre, l’organisation et la beauté dans mes valeurs profondes. Cela conduit à une motivation extrinsèque intégrée, qui serait plus forte que celle identifiée. Quand ça devient une partie de mon identité, ça amène de la cohérence dans ma vie. Je fais donc l’action car je me sens alignée. Ça contribue aussi au sens de ma valeur.

Ces motivations extrinsèques identifiée et intégrée combinées à la motivation intrinsèque constituent la motivation autonome. C’est elle qui est la plus importante à comprendre et à viser pour faire bouger, et pas seulement la motivation intrinsèque qui carbure au plaisir. 

Vous êtes confus·e ? Rien de mieux qu’un graphique qui récapitule le tout.

Une petite note concernant les motivations identifiée et introjectée. On remet actuellement en question ces deux formes distinctes de motivation car peu d’études valident cette différenciation. Les deux seraient équivalentes, mais le débat est toujours ouvert. Et je penche personnellement pour une différence. Écrivez-moi si vous souhaitez que j’approfondisse cette réflexion.

Dans tous les cas, quand l’action donne du sens à ce qu’on fait ou consolide nos valeurs, elle engendre une motivation plus efficace que les motivations contrôlées par des pressions externes ou internes.

Les besoins à connaitre pour motiver

Par ailleurs, on ne peut pas parler de motivation sans introduire la notion de besoin psychologique, un autre concept important de la théorie de l’autodétermination. 

Pour favoriser une motivation autonome, il y a trois grandes catégories de besoins à satisfaire : l’autonomie, la compétence et l’appartenance. Plus une action satisfait ces besoins, – idéalement simultanément – plus on est motivé·e à passer à l’action. 

Simple hein ?

Simple oui, si on comprend bien la notion de besoins. Et ça, je vous assure que c’est plus complexe que ça en a l’air. Il vous faudra lire ma prochaine BD pour débuter votre plongée.

D’ailleurs, voici une vidéo qui explique bien la complexité de la motivation dans la parentalité d’aujourd’hui. Ça introduit bien la suite 😉

https://www.instagram.com/reel/CtzBu5FMYwG/?igsh=cWFsN2R5cW9nbXM0


Ressources

Center for Self-determination theory https://selfdeterminationtheory.org 

Forest & al., 2022. Libérer la motivation avec la théorie de l’autodétermination. Gallimard ltée – Édito. 281 pp.

Gatersleben, Birgitta. Handbook on Pro-Environmental Behaviour Change. Available from: VitalSource Bookshelf, Edward Elgar Publishing Inc., 2023.

Ryan & Deci, 2000. Self-Determination Theory and the Facilitation of Intrinsic Motivation, Social Development and Well-Being. American Psychologist. Vol 55, No. 1. 68-78. Récupéré ici: https://selfdeterminationtheory.org/SDT/documents/2000_RyanDeci_SDT.pdf