Pour favoriser une motivation autonome, c’est-à-dire durable, il y a trois grandes catégories de besoins à satisfaire : l’autonomie, la compétence et l’appartenance. Mais concrètement, c’est quoi un besoin fondamental ? On plonge ici.
Dans ma première bande dessinée co-réalisée avec Ariane Cloutier, je vous présentais les deux principales catégories de motivation selon la théorie de l’autodétermination. Il y a d’abord la motivation autonome, plus stable et pérenne, qui s’ancre sur nos besoins et nos valeurs. Il y a ensuite la motivation contrôlée, éphémère et à impact plus faible que la première. À cela s’ajoute plusieurs nuances que je vous invite à (re)lire ici.
Mais, pour bien utiliser cette théorie, il faut aussi comprendre la notion de besoin [1]. Et ça, c’est un concept galvaudé et mal compris. On en a justement fait une seconde BD pour amorcer le sujet. Dans cet article, je vais plus loin dans la théorie.
Qu’est-ce qu’un besoin fondamental ?
Un besoin fondamental est une aspiration profonde innée et universelle qu’on ne peut pas faire, ni prendre, ni toucher, mais qui est essentielle pour nous assurer une bonne santé mentale [2]. Par exemple, on peut avoir besoin de créativité, d’estime de soi, d’évolution, d’énergie, de réciprocité, de clarté, de repos, etc. Ce n’est donc pas une action ou une chose matérielle.
Il existe près d’une centaine de besoins fondamentaux qui peuvent être regroupés en différentes catégories. On peut simplifier en deux grands groupes : les besoins physiologiques (aussi appelés besoins primaires ou besoins de survie) et des besoins psychologiques. Mais là, ça manque de nuances.
En fait, il y aurait 5 à 10 grandes catégories selon les différents courants promouvant le concept de besoins fondamentaux. Il y a donc plusieurs listes de catégories qui circulent sur le web (voir les ressources plus bas).
Mais, le choix de la liste ou de la catégorie importe peu. L’important, c’est de trouver le besoin qui apaise le système nerveux lorsqu’on le conscientise. En effet, de plus en plus de chercheur·se·s font des liens entre la satisfaction des besoins fondamentaux et la régulation du système nerveux [3][4].
Pour ma part, j’ai remarqué que quand j’arrive à comprendre mon besoin derrière mes émotions, je me calme et j’expire de soulagement. C’est cela se donner de l’empathie : prendre conscience du besoin derrière l’émotion. J’en ai parlé longuement dans mon article Et si on cultivait notre (auto-)empathie pour nous adapter ?.
Je souhaitais aller plus loin en faisant des liens entre besoins et motivation.
Les besoins organisés selon la théorie de l’autodétermination
Comme j’aime bien me coller sur la science, j’ai eu envie de réorganiser les catégories de besoins fondamentaux (autonomie, compétence et appartenance) pour les aligner à la théorie de l’autodétermination. Ça donne ceci : Liste des besoins fondamentaux.
Plus on répond à ces catégories de besoin, plus on est motivé·e et plus on passe réellement à l’action. C’est donc une clé HYPER importante pour mieux mobiliser. Mais étrangement, cette clé, bien connue en éducation et en psychologie organisationnelle, est pourtant peu connue en sciences comportementales et dans les milieux engagés pour des causes sociales ou environnementales.
Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il n’y a pas de hiérarchie dans les catégories, contrairement à ce que la pyramide de Maslow nous a appris. Les catégories sont également importantes et fortement liées entre elles [1][5]. En d’autres mots, plus une action ou une décision nourrit une catégorie de besoins, plus il y a de chance que ça nourrisse les autres catégories. D’ailleurs, Maslow n’a rien à voir avec sa pyramide. Ce serait un consultant en management qui aurait sursimplifié les travaux de Maslow. [6]
Alors, que signifie donc concrètement les catégories Autonomie, Compétence et Appartenance ? Allons-y un à un.
Autonomie
L’autonomie, c’est la possibilité de pouvoir prendre des décisions éclairées et alignées avec ses valeurs et ses intérêts. C’est avoir le choix sans pression ou contrainte. On scande souvent notre besoin de liberté, qui représente en fait notre besoin d’autonomie.
Un exemple. Ma fille de 6 ans est hypersensible aux textures et l’habillage du matin peut vite devenir l’enfer pour elle et moi. Elle n’aime pas être coincée dans plusieurs couches de vêtements. Les transitions saisonnières sont donc complexes. Quand je l’oblige à porter un manteau, ça finit souvent en crise. Par contre, si elle choisit de le faire de son plein gré, ça change tout. J’ai donc plus de chance de la motiver à porter son manteau si on regarde la météo ensemble le matin. Et si elle décide de ne pas le porter, je peux toujours l’apporter dans mon sac le temps du trajet à pied vers l’école. À tous les coups, elle finit par me le demander.
L’autonomie est souvent confondue avec l’idée de faire les choses seul·e sans aide. Si on fait les choses seul·e, c’est possiblement pour nourrir notre sentiment de compétence. Mais, ça peut aussi être une part protectrice de nous qui prend le contrôle quand on croit qu’on ne peut pas compter sur les autres. Cette version indépendante de nous agit comme un gardien un peu maladroit qui protège une partie profondément blessée et vulnérable. Je ferai en 2026 une série d’illustrations BD spécifiquement sur ce sujet.
Donc, pour augmenter la motivation, on maximise l’autonomie en offrant des choix cohérents avec la personnalité du·de la décideu·r·se et en comprenant la nuance avec la notion d’indépendance (faire quelque chose seul·e).
Compétence
La compétence, c’est se sentir capable de faire quelque chose. Ça ne doit être ni trop facile, ni trop difficile. Cette grande catégorie inclut des besoins hyper importants : l’estime de soi et le sens de sa valeur. Dans plusieurs théories en psychologie de la mobilisation, on parle plutôt de sentiment d’efficacité personnel ou de sentiment de contrôle.
Dans l’idéal, on doit nourrir ces besoins de l’intérieur. Mais dans les faits, on le fait beaucoup par le regard des autres. S’ils sont fiers de nous, on se sent compétent·e. Et sinon, on se sent honteux·se, coupable, pas suffisant·e, ou trop. Bref, vous comprendrez que dans la société de reconnaissance et de validation externe dans lequel nous évoluons, on n’utilise pas toujours les meilleurs moyens pour nourrir notre sentiment de compétence de l’intérieur. Il faut renverser cela.
Un exemple. Ma fille me fait de nombreux dessins. La norme sociale, c’est de dire « Oh ! C’est beau ! ». Des fois, on le pense. D’autres fois, pas vraiment. Et ça, ça se sent par l’enfant. En plus, dire : « Je suis fière de toi », c’est rendu vraiment mal vu en parentalité 2025. Ça bâtit l’estime de soi par la validation externe et non par le regard intérieur de l’enfant. Alors on dit quoi ?
Si je nomme plutôt ce que je vois et que je lui pose ensuite des questions sur son processus de création, elle plonge à l’intérieur d’elle. Des fois, elle me répond n’importe quoi. Mais parfois, sa réponse est étonnante et sensée. Je lui demande aussi souvent si elle est fière du résultat. Et, souvent elle dit oui. Quand elle n’est pas fière, on en parle sans jugement. C’est une occasion en or pour moi de lui donner de l’empathie et de me connecter à elle. J’ai la conviction que c’est parce son papa et moi avons pris soin de ne pas évaluer ses dessins que ma fille aime dessiner. Je pense qu’on fait une bonne job côté dessin, et qu’on développe son sentiment de compétence de l’intérieur et non de l’extérieur.
À la toute fin de mon article L’art de motiver par la théorie de l’autodétermination, j’ai justement une vidéo qui me fait rire à tous coups spécifiquement sur le sujet. À voir ou revoir !
Appartenance
Le sentiment d’appartenance est la dernière des grandes catégories de besoins psychologiques de la théorie de l’autodétermination. Notre ADN encode notre besoin de liens sains, chaleureux et authentiques et notre besoin d’acceptation pour notre survie. Elle amène aussi l’envie de prendre soin des autres. C’est cela qui bâtit notre confiance envers les autres.
Je vous invite à parcourir ma liste de besoins fondamentaux. Vous verrez que cette catégorie est vaste et englobe de nombreux besoins.
Une catégorie extra : la célébration
Quand j’ai réorganisé les besoins fondamentaux des différentes listes selon la théorie de l’autodétermination, il restait des besoins orphelins hyper importants que je ne savais pas trop où classer. Après réflexions, j’ai constaté que ces besoins émergent lorsqu’on a répondu aux autres besoins d’autonomie, de compétence et d’appartenance. J’appelle cela des méta-besoins de type célébration.
Ce sont les moments d’illumination qu’on ressent lorsqu’on s’exprime de façon authentique aux autres, devant des paysages magnifiques, dans les moments de joie et de rire, dans l’appréciation de certaines musiques, chansons ou autres formes d’art, dans la nature, dans la pratique de certains sports ou dans des états méditatifs.
Quand on parle d’espoir, de paix, de transcendance, de beauté, de guérison, de sacré, de calme ou de jeu, c’est en fait le résultat d’un état de présence et d’authenticité soutenu. Ce lâcher-prise nous amène à goûter à une sécurité intérieure profonde qui fait émerger ces besoins. Ils sont difficilement atteignable sans pratique, volonté et conscience.
Il ne faut donc pas se dire : « Je dois nourrir mon espoir », car c’est en apprenant à nourrir toutes les autres catégories de besoins que l’espoir surgit.
Comment nourrir nos besoins efficacement alors ? En sortant du pilote automatique et en adaptant de façon consciente les stratégies (moyens, solutions) qu’on met en place pour répondre à nos besoins.Et à vrai dire, on n’est pas très bon avec cette différentiation besoin vs stratégie.
Mais, ça tombe bien, c’est justement le sujet de ma prochaine BD !
Ressources et références
D’autres listes de besoins fondamentaux :
[1] Ryan & Deci, 2000. Self-Determination Theory and the Facilitation of Intrinsic Motivation, Social Development and Well-Being. American Psychologist. Vol 55, No. 1. 68-78. Récupéré ici: https://selfdeterminationtheory.org/SDT/documents/2000_RyanDeci_SDT.pdf
[2] Rosenberg, 2005. Les mots sont des fenêtres (ou des murs) : Introduction à la communication non violente(2e éd). Éditions Jouvence. 320 pp.
[3] Pinna, T., & Edwards, D., 2020. A Systematic Review of Associations Between Interoception, Vagal Tone, and Emotional Regulation: Potential Applications for Mental Health, Wellbeing, Psychological Flexibility, and Chronic Conditions. Frontiers in Psychology, 11. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2020.01792.
[4] Chen,et al., 2015. Basic psychological need satisfaction, need frustration, and need strength across four cultures. Motivation and Emotion, 39(2), 216‑236. https://doi.org/10.1007/s11031-014-9450-1
[5] Forest & al., 2022. Libérer la motivation avec la théorie de l’autodétermination. Gallimard ltée – Édito. 281 pp.
[6] Bridgman, Cummings & Ballard, 2019. Who Built Maslow’s Pyramid? A History of the Creation of Management Studies’ Most Famous Symbol and Its Implications for Management Education. Academy of Management Learning and Education 18(1), 81-98. https://doi.org/10.5465/amle.2017.0351
