Transformer la société en profondeur

Isabelle Lessard
septembre 2, 2025 ·

Si les sciences comportementales sont formidables pour aller plus loin dans la mobilisation des gens, il n’en demeure pas moins qu’elles impactent en superficie seulement. Pour transformer en profondeur, on doit agir sur les valeurs et les croyances. 



Tout d’abord, clarifions ces deux concepts. Une valeur, c’est une aspiration profonde qui nous guide, un principe qu’on souhaite incarner et manifester dans notre vie. La somme de nos valeurs conduit à la fondation de notre identité. Et cette identité est le fruit d’une part innée et d’une part acquise par nos expériences.

Une croyance émerge quant à elle à la suite d’expériences répétitives menant plus ou moins au même résultat. À force de revivre l’expérience, notre cerveau crée une circuit neuronal pour accélérer le traitement de l’information (une heuristique de son petit nom). Ça a évidemment des avantages si c’est une croyance qui nous nivelle vers le haut, comme par exemple ma propre croyance que « Je suis une personne chanceuse dans la vie». Mais, ça peut aussi nous tirer vers le bas, comme la croyance limitante très répandue de « Je dois être parfait·e pour être accepté·e».

Le coût de changer le monde

Si vous me lisez, vous avez probablement des valeurs d’interdépendance que vous aimeriez inculquer au reste de la population. Et vous avez possiblement envie de contribuer à changer les croyances limitantes collectives pour des croyances plus constructives.

Mais, tous les experts vous diront que changer les valeurs et les croyances, ça demande beaucoup de temps et d’argent. De plus, rares sont les études en changement de comportement qui suivent un public cible de façon longitudinale — c’est-à-dire durant plusieurs années — après avoir appliqué des interventions sur les valeurs ou les croyances.

Par ailleurs, le transfert de connaissances suivant toujours la production des dites connaissances — et la production des connaissances étant lente à son tour —, on ne peut pas compter que sur les sciences comportementales et leurs cadres théoriques pour changer le monde. Pour preuve, on dit qu’il faut 17 ans pour implémenter 14% des avancées scientifiques en réels bénéfices pour le patient.1 Ça va être long longtemps avant de changer le monde si on ne fait pas les choses autrement…

Chercher ailleurs

Comme je suis une insatiable curieuse et chercheuse introspective, j’ai cherché des réponses ailleurs. 

J’ai d’abord suivi un cours d’introduction de 2 jours à la communication consciente, aussi appelé communication non violente. Bon, avant qu’on m’en fasse la remarque, le terme choisi par les fondateurs de ce concept est le pire qui soit. Soit les gens disent « Je ne suis pas violent·e, ça ne me concerne pas » ou soit ça passe pour du spirito-new-age-religieux. J’exagère à peine. Dans tous les cas, le terme non violent ferme plus qu’il ouvre et c’est bien dommage. Car cette approche pragmatique a changé ma vie.

Je sais, c’est rendu usuel de dire que quelque chose change notre vie. Mais ici, c’est vrai. Un gros X sur mon calendrier d’évolution. Un boostde clarté qui me guide encore aujourd’hui. J’en parle longuement dans mon article du Climatoscope qui s’intitule Et si on cultivait notre auto-empathie pour nous adapter?. Et je vais vous en parler encore souvent. Parce qu’il y a des confusions de concepts qui nous rendent malheureux pour rien. En apprenant à différencier ces éléments, on s’apportera légitimité et soulagement intérieur.

J’ai aussi exploré des approches orientales telles que la méditation bouddhiste et le shiatsu. Mais, dû à mon parcours académique, j’ai toujours eu un inconfort à en parler de vive voix. J’ai peur de paraitre ésotérique et de perdre ma crédibilité scientifique. Pourtant, je suis témoin direct des bienfaits de ces approches. Mais, comme on est une société friande de chiffres pour prendre des décisions, je préférais rester discrète sur mes expériences alternatives.

Le champ de recherche en transformation intérieure

Un jour, j’ai décidé de (faire du mieux possible pour) m’assumer. Pour m’aider, j’ai cherché ce que la littérature scientifique disait de ces techniques. Surprise, c’est beaucoup plus étudié et démontré qu’on ne le pense. Il y a même tout un courant de recherche sur la transformation intérieure.

Je vous présente ici mes chercheu·r·se·s chouchou·e·s :

  • Carl Roger, Marshall Rosenberg, Edward L. Deci and Richard Ryan, des psychologues qui ont développé l’approche de communication non violente et la théorie de l’autodétermination. Ces principes qui ont bouleversé ma vie de clarté. C’est d’ailleurs eux qui ont inspiré ma première série d’illustrations BD.

  • Susanne Moser et Christine Wamsler, des chercheuses qui étudient l’impact de la résilience psychologique et de la transformation intérieure sur notre façon de voir le monde. Elles contribuent aussi aux Inner Development Goals (IDG), des aptitudes de plus en plus populaires dans le milieu environnemental. Ces IDG reconnaissent l’importance du développement du savoir-être pour transformer le monde. 

  • Gabor Mate et Bassel Van der Kolk, médecin et psychiatre respectivement spécialisés en dépendance et en traumas. Ils sont tous deux auteurs de plusieurs livres, dont Le mythe de la normalité et Le corps n’oublie rien respectivement. Ils expliquent qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un Trauma avec un grand T pour développer des mécanismes de protection maladaptés. En fait, tout le monde en a. Ils révolutionnent la façon de guérir de ces traumatismes par des approches peu connues qui transforment les croyances limitantes.

  • Richard C. Schwartz, chercheur, thérapeute et fondateur de l’approche des Systèmes de famille intérieure (IFS en anglais). Il explique comment gérer les parties de nous qui cherchent à nous protéger maladroitement. Quand on apprend à reconnaitre la fonction vitale que joue ces parts maladroites, ces dernières se sentent enfin vues et reconnues. Elles baissent alors la garde, ce qui permet d’accéder en douceur à nos parts de nous extrêmement blessées. On peut ainsi les accueillir avec compassion et curiosité et guérir leurs blessures du passé qui nous empêchent d’être pleinement soi. Une véritable révélation disruptive dans le monde de la thérapie, car l’égo n’est plus vu comme une chose à se débarrasser mais une somme de protecteurs maladroits. Gabor Mate et Bassel Van der Kolk parlent tous deux de cette approche révolutionnaire dans leur plus récent livre (voir le point précédent).

  • Panu Pihkala et Ashlee Cunsolo, des chercheurs spécialisés sur l’écoanxiété et sur les processus de deuils associés aux changements climatiques notamment. À cela, on ne peut passer à côté de Joanna Macy et de son Travail qui relie. Cette dernière approche intègre la gratitude et le deuil comme étapes préparatoires à notre besoin de changer de regard et de passer à l’action pour des causes sociales ou environnementales. Ses travaux ont d’ailleurs été fortement influencés par le bouddhisme.

Évidemment, j’en oublie des centaines et vous en connaissez certainement d’autres. Plusieurs chercheu·res québécois·es s’y penchent de plus en plus et de nombreuses organisations rendent ces connaissances de plus en plus accessibles.

J’aimerais par ailleurs souligner l’importance des praticien·e·s qualifié·e·s de la transformation intérieure, que ce soit des thérapeutes, des psychologues, des personnes transmettant les connaissances et les techniques, etc. J’ajouterais toutes les personnes utilisant des approches somatiques telles que le yoga, les arts martiaux, la danse, la massothérapie (shiatsu, thaï, etc.) et autres techniques utilisant le corps comme véhicule de libération de tensions physiques. Ces dernières sont bien souvent des émotions refoulées dues aux petits et grands traumas de la vie et leur libération passe par le corps en mouvement.

Se changer d’abord pour changer le monde

Ça vous donne envie d’explorer la transformation intérieure? Alors, pourquoi ne pas commencer par soi?

Je vous fais part d’une conviction : le seul pouvoir que nous avons, c’est sur nous-même. Ça ne veut pas dire qu’on est impuissant et qu’il vaut mieux ne rien faire. Passer à l’action, ça doit être un choix conscient qu’on fait une fois qu’on a compris la véritable raison qui nous pousse à vouloir agir. Sinon, c’est peut-être une part blessée de nous qui nous pousse à agir pour ne par toucher à notre souffrance intérieure. Par ailleurs, la lenteur est socialement mal acceptée; on valorise les gens d’actions. Alors, ça prend beaucoup de courage et de lucidité pour ralentir et faire émerger ses parts de soi blessées.

Par où commencer donc? Pour moi, ça a été la communication consciente (communication non violente et IFS) et la méditation qui m’ont appris à me connecter à mon corps et à libérer ma souffrance. Pour d’autres, c’est les approches somatiques qui permettent de se connecter au corps (danses, arts martiaux, massothérapie, approches énergétiques, etc). Vous pouvez me contacter pour me faire connaitre votre parcours personnel. Ça aide à partager différents chemins pour arriver à la même fin de transformation intérieure.

Je termine avec ma citation préférée indétrônable depuis plusieurs années :

« Avant j’étais intelligent et je voulais changer le monde.

Maintenant, je suis sage et je me change moi-même. ». 

Rumi, poète soufiste du 13e siècle

Que pensez-vous de tout ça?


Références

  1. Nilsen, P. (Éd.). (2024). Implementation Science : Theory and Application. Routledge. https://doi.org/10.4324/9781003318125 ↩︎